Récit de Cowboy *
*pour plus de sergioleonisme, gratter la mandoline, se déhancher, sur un air bien intronisé
Affalé au fond d’un saloon bruyant, qui sent la sueur et la poussière, entre les cartes gagnantes qu’on tambourine du poing et les danseuses, d’un déhanché parfumé annonçant torticolis et œil qui tourne, je graisse mon colt tranquillement, bien calé au milieu d’un plan-séquence. J’attends. Je mâchouille un petit morceau de bois qui assèche ma langue et ne me fait aucunement oublier l’époque bénie des westerns où l’on fume. J’attends quoi, au juste ? Les chuintements de l’harmonica qui annoncent le duel au soleil couchant que je livre une fois de plus contre ce maudit shérif.
Ce vieux renard de Tweenie – surnom que ses rares adversaires survivants lui ont donné du bout des lèvres n’est pas qu’un croulant, son colt affuté renifle les rifles. Et les échos des déflagrations, autrement dit « laisser parler la poudre » sont soudain si désuets. Musique étrange que ces morceaux de plombs à géométrie de tête de mort….justice de « pistolero échaudé » – comme on appelle parfois les lointain sosies cinématographiques des gens comme moi.
J’irais survivre au scénario entre amis, priant que ce ne soit pas moi qui amuse les enfants de l’homme de loi local, croupissant derrière des barreaux au fond d’un lit.
Voici comme je vois mon avenir : un western d’un genre nouveau, si possible avec une fin à la gloire du méchant. Dans quelques mois, je réinventerais le mot farniente au saloon Cancoon, un parterre de bimbos à mes pieds et des pesos plein mes poches recousues, vieux roublard que je suis. J’espère que le prochain réalisateur aura l’art de l’ellipse ou celle de faire passer les personnages à qui il n’arrive rien au second plan, car c’est ce que je souhaite.
Le patron du Cancoon, qui a l’œil mauvais du Judas cinématographique, m’observe avec étonnement. Ma tête est mise à bon prix, certes, mais la surprise vient d’ailleurs : un ours mal léché comme moi, noirci de visage comme sous les ongles, qui écrit pensivement pendant de longues minutes, et ce sont plusieurs de leurs congénères témoins de la scène qui pensent de concert à réduire sérieusement leur dose quotidienne de tord-boyaux. Les figurants du saloon, eux, ne demandent qu’à débuter la bagarre. La bande-son, composée de hululements d’indiens et d’envolées de cuivre martiaux (d’ailleurs je n’ai jamais compris où ils logeaient après avoir vomi leur bruit… dans le désert ?) est assaisonnée par les traditionnels bruits de balle. J’espère qu’avant le mot fin, celui-là même, je puisse respirer sans un trou dans les poumons, ou –j’en rêve, le colt dressé – de dire à mon fils de n’être jamais cowboy comme son père.
Auteur : Jérôme Perrot
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
- « Son ? » répondit l’homme, troublé

Derniers Commentaires