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Mercredi 24 juin 2009
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Sa chair avait un goût salé, ses seins étaient lourds et elle gueulait bien comme il faut, cette chienne apache. Il était en elle trois matins sur quatre et il arrivait encore à prendre son pied en moins de temps qu'il ne lui en fallait pour la désaper. Pour sur elle savait y faire la traînée, mais il allait devoir la renvoyer trier la merde aux champs de coton. Pas question qu'elle oublie sa condition d'esclave sous prétexte que sa chienne de mère apache lui ait donné la vie avec le cul d'une pro.

Il a vidé ses couilles et l'a renvoyé donner le sein à ses bâtards.

Lorsqu'il est sorti sur la terrasse, le soleil était déjà une boule de feu écarlate, irradiant toute la pampa et vidant un peu plus de sa sève les terres arides du West Side. Il détestait la sécheresse, c'était des frais en plus. Les bêtes buvaient trois rations plutôt qu'une, sans compter les hommes qu'il fallait mobiliser jour et nuit pour surveiller les débuts d'incendie. Foutu pays. Les talons plantés sur la table, il s'était mis à la recherche de son coupeur mais il ne trouvait que crasse et sueur au fond de ses poches. Et bordel, pas une roulure dans les parages pour s'en charger à sa place. Finalement, il arracha le bout du cigare avec les dents, non sans fulminer de gâcher de la sorte un Robusto à quatre dol, tout juste importé de Santo Domingo.

Puis ce fut le miracle de la saveur âcre du barreau de chaise lui rendant sa lucidité. Pour la première fois depuis que cette catin l'avait réveillé à l'aube, il sentait doucement ses neurones se remettre en ordre de marche. Et de lui rappeler toutes ses emmerdes en cours...

" - Carlos ? cria-t-il vers l'écurie en contrebas. Bordel, mais où est ce putain de chien sans queue qui me sert de contremaître ? Encore à monter une vache ou quoi ? Je suis là patron, je monte, je monte. Ouais, ok, mais presse toi le cul si tu veux pas te retrouver bardé de plomb, batard de merde."

Carlos, un laquais à oeil de verre, une racaille à la main froide et au cerveau atrophié.

" - Ouais boss, que c'est que tu me veux ? Crevure, chien chicanos, amateur de foutre. Où on en est avec l'affaire ? Pas gagné... boss... pas gagné... Fab et les gars que j'avais envoyé, ben il sont pas rentrés. Mais le bourrin, 'lui de Fab, il est déjà à l'écurie, vu que Carlito me l'a retrouvé à brouter dans le champs ce matin. Bordel, j'aurai jamais dû envoyé cette petite crasse, sa famille m'a toujours chié que des bons à rien, castrés comme des Amish et utiles comme des gonzesses... O'Hara ? Toujours pas revenu de Tijuana, boss. Bouarf, m'est avis que ce con d'irlandais va pleurer jusqu'à la neige son abruti qui lui servait de frangin."

 Purcell Davies s'est relevé d'un bond, le cigare encore aux lèvres. Rien pour se dérouler comme il le voulait. Les récoltes traînaient et seraient les plus mauvaises de la décennie. Le casse s'était mal passé, il toucherait jamais l'assurance et, à ce rythme là, ses comptes se videraient en moins de six semaines. Il avait du mal à le croire... Depuis douze ans, son business prospérait mais il avait suffi d'une gâchette un peu plus affûtée que les autres se pointe à la ville pour que tout parte au va à l'eau. S'il voulait pas rejoindre les pieds tendres qu'il avait envoyé dans la tombe, et ils étaient nombreux ces chiens apaches, c'était à son tour de jouer, il fallait qu'il bouge. Et bouger, c'était écraser les chiures de mouches qui se collaient aux verres de ses lunettes, à commencer par les chiures étoilées. Il fallait renvoyer ad patres cette crapule de Jack, ce sale porc qui traînait depuis trop longtemps sa fille et ses affaires dans la boue.

" - Prends deux hommes en armes et monte au Nord jusqu'à chez Jess pour chercher Kaltenbrunner. T'as trois jours, avorton de putain, pour me le ramener. Dis à Jess que je lui rendrai son foutu mari en un seul putain de morceau... et si ma guenon de fille veut pas le lâcher, tu lui colles une raclée de ma part. S'agit plus de jouer Carlos, on rentre en guerre contre ces chiens. Ce sera eux ou nous et bordel si jamais c'était pas eux, je peux t'assurer que je m'essuierai les paluches sur le cadavre de ton Carlito avant de tomber, c'est compris, saloperie ?»

Carlos, un laquais à oeil de verre, une racaille à la main froide et au cerveau atrophié. Une bête assoiffée de sang qui sommeillait, prête à bondir à la gorge des deux J et à les bouffer vivants, les dépecer et les recracher par le cul le lendemain. Avec Carlos, Purcell Davies avait un atout qu'il s'apprêtait à abattre. Mais pour s'assurer la victoire, Purcell avait dû dégainer son joker, Kaltenbrunner, la pire brute du West Side, le Seigneur des Porcheries en personne, celui grâce auquel mâcher le Cactus serait aussi facile et délicieux que violer une vierge de quatorze ans.

Ses couilles le démangeaient à nouveau, il se mit la main au froc en regrettant le goût salé de la chienne apache repartie au champs. Mais c'était fini les conneries. La guerre était de sortie et le West Side serait bientôt purgé du Cactus et de toutes les crevures qui menaçaient son business.

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Auteur : Clément
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Vendredi 22 mai 2009
Préambule


Des recherches diligentées par The National Mustard Magazine Appreciation Society récemment publiées font état de la descendance d’un fameux personnage de l’Ouest lointain : le redoutable Cactus Jack. Plusieurs passionnés se sont unis dans leurs efforts d’investigation historique afin de retrouver les descendants de l’impitoyable pistolero. Au fil des générations, des déplacements familiaux, la piste s’est précisée. Après de nombreux mois, une figure est alors apparue.


Patricio




1.


C’est un des membres du barreau les plus influents du district.

Ses admirateurs l’appellent le scieur de barreaux ; ses détracteurs, le chieur du Barrio.

D’origine mexicaine et modeste - presque un pléonasme ici – ses perspectives étaient multiples : confectionner des hots dogs chimiques, figurer ici et là comme employé du mois, engrosser une bougresse quelconque un soir de surdose alcoolisée, puis, faire l’économie d’une assurance santé pour garantir 49 mois et 16 jours d’études à l’université locale (classée 65ème du pays) pour leur unique enfant, dans l’espoir que ce rejeton ait une petite chance de devenir un jour (au mieux) directeur de l’endroit où l’on confectionne ces fameux perros calientes.

Patricio Garete, néanmoins, connut un avenir différent. Grâce à une extraordinaire rencontre dans sa treizième année. Celle de son Senior Teacher, Robert Ford. Un homme empli de bonté. Robert décela très vite les facilités de Patricio. Elles étaient prodigieuses pour son jeune âge. Dès lors, son devoir était de le soutenir, lui donner une chance. Une seule, même infime. Cela suffirait.

De plus, Robert avait perdu son seul fils en Irak. Pulvérisé par une rafale d’obus (propulsée par une division d’artilleurs américains suite à une double erreur de décimales, le fautif, un certain James Mc Ivory avait suivi des études scientifiques pour plaire à son père, mais lui, il préférait la poésie, la vraie, la grande, la sentimentale).

Patricio allait donc tout entreprendre pour tracer un chemin d’excellence. En échange, Robert amasserait peu à peu la somme requise à un avenir universitaire. Il ferait de Patricio un homme de droit et de justice, un avocat.

Cependant, Robert lui demanda aussi de se frotter l’entrejambe sur ses cuisses, de temps en temps, disons, une fois par semaine, à peu près, car rien n’est véritablement gratuit sur cette planète.




2.

Un Hummer gris vient le chercher dans son Ranch, sur Esposito Boulevard.

A douze blocks de là, une fumée blafarde. Celle de 7 cadavres et demi. Des portes flingues d’un gang haïtien, dont un sévèrement mutilé. Son thorax glougloute dans le caniveau.

Plus à l’est, juste au dessus de Tombstone Plaza, une grasse colonne de suie qui s’élève. Un fourgon bancaire vient d’imploser. Le coffre-fort géant, à l’intérieur, s’est disloqué dans une triple charge explosive (le responsable du surdosage, un certain Tony « PussyFreak » Lax n’avait suivi aucune étude, lui, il préférait les voyages, il rêvait de voir l’Islande, un jour).

Les émanations noires des flammes, de la chair humaine, des laboratoires clandestins se répondaient les unes aux autres…elles pouvaient surgir, à toute heure, de tous les quartiers…c’était une forme de dialogue entre criminels.

Patricio distingue trois motos derrière lui. Dans la confiture de métal du trafic, les trois destriers bourdonnent, magnétisés au véhicule. Une prise en chasse par un gang de motards.

Assez banal dans ces rues, surtout pour un Hummer, une proie pareille ne les brave pas souvent.

C’est le gang des Scorpions. Parfois munis d’armes à feu classiques dans ces parages (tels qu’AK-47 ou fusils mitrailleurs), ils semblent privilégier le port d’arbalètes pimpées aux couleurs du clan afin de semer diligemment  leurs carreaux dans les poitrines récalcitrantes. Sur leurs visages, des tatouages de ces arachnides. Comme des peintures tribales et guerrières.

Munis de baïonnettes M6, ces psychopathes aiment cisailler les nuques de leurs victimes pour ensuite dessiner les contours d’un scorpion (savoir dessiner ou peindre l’espèce africaine du Pandinus imperator est une des épreuves d’intronisation du gang). La guirlande de carne ainsi arrachée est un butin lugubre que certains membres arborent sur leurs engins.

Le conducteur du Hummer cravache les entrailles du moteur. En deux diagonales, la patache s’extirpe. Elle a distancé les poursuivants. Dans la vitre arrière, des courbes sombres qui empalent des carreaux furieux. Ils se rapprochent. Trop tard. Le clairon hystérique d’une patrouille de police cavale déjà au loin. Ils tournent bride. Ils s’éloignent.




3.

L’arrivée au tribunal. Le détecteur de métaux. Les hauts plafonds, les grands lustres, les spectateurs turbulents. Trois étudiants en droit à la table du Starbucks® (un récent décret autorise enfin l’implantation de débits de boissons non alcoolisées à l’intérieur des enceintes gérées par le gouvernement). Ils disputent une partie de Texas Hold’Em Poker sur leurs téléphones portables.

Une assistante dactylographie à grande vitesse sur son clavier, telle une pianiste. On emmène un prévenu dans un fourgon ; Il se débat, fait tourbillonner ses pattes dans les figures des policiers. Il s’extirpe de l’étreinte, bondit dans la foule, une bagarre générale éclate dans l’indifférence.

Devant les portes de la grande salle, l’odeur du tabac mal fumé imprègne un air vitreux. Deux types du jury, anxieux, terminent leurs cigarettes.

Patricio s’installe, dévisageant des spectateurs venus en famille. Ils déballent des sandwichs, le père ouvre une flasque de Bourbon. Patricio retire son chapeau, passe une main sur son visage : la sueur, la barbe de cinq jours. Il reconnaît Avon Barker, le chef des gangs du nord ; de l’autre côté des chaises : Theonimus, le patron de la zone sud, l’esclavagiste des putains hongroises, qui a graissé, dit-on, au moins quatre brigades d’officiers, à commencer par cette crapule corrompue de l’inspecteur général Widmarck (à côté de la brune aux petits seins, là, oui, au fond).

Le silence. La séance qui s’annonce. Les juges, le jury, l’accusée. Ils prennent place. Premier coup de semonce par les procureurs. Et puis l’ennemi s’avance, Bill Laury, un avocat mercenaire qui, par ses accointances douteuses, a déjà frôlé la radiation plusieurs fois.

Patricio marque un pas en avant, lui aussi. Il dégaine en premier. Une salve brutale, il s’insurge, il déclame. Son argumentaire est simple, direct et puissant. Bill Laury biffe pas mal de paragraphes sur son carnet, rayant les thèses défensives qu’il ne pourra utiliser. Patricio enrichit alors un peu plus son plaidoyer par l’ajout de nouvelles pièces au dossier. Un témoignage inédit, deux photos, l’enregistrement d’une des 439 caméras de surveillance de la ville de Los Angeles.

Bill Laury recule. Puis il se ressaisit et commence à questionner l’accusée. Après sept réponses de sa part, Bill Laury l’a déjà fait se contredire deux fois. Il est habile et concis dans ses assauts. Son réquisitoire est éloquent. Patricio relit à toute vitesse quatre rapports d’unités d’interventions, ceux émis le soir même de l’homicide. Il recharge l’argumentaire.


4.

Quelques heures plus tard, le jury achève sa délibération. On peut les entendre, les douze hommes en colère, qui rangent leurs affaires ; Des chaises grincent, des vigiles se repositionnent. Lorsque les robes des magistrats reparaissent, de subtiles clameurs se murmurent. Et puis c’est le verdict qui foudroie, comme le canon des ancêtres. La joute oratoire est finie.


Auteur : Emmanuel G.
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Hors-série Cactus Jack
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Samedi 2 mai 2009
Ralph Edemption. Le nom claquait comme le fouet sur le dos d’un esclave noir, châtié pour avoir gâché une récolte de coton. La douleur envahit Jack au souvenir de cette vie passée à fuir la haine et la violence. Ces misérables créatures avilies par l’alcool et l’ignorance lui avaient volé ses plus belles années. A lui et à Rebecca. Cinq ans déjà. Leur seul péché avait été de s’aimer dans ce monde bicolore. Lui, le vagabond solitaire embarqué dans une guerre qui n’était pas la sienne. Elle, la plus belle métisse de la Caroline du Sud, issue d’un viol entre un riche planteur et une esclave que ses semblables vénéraient comme une princesse. L’exil ou le bûcher. Ils n’avaient eu d’autres choix que de fuir au Mexique. Au-delà du Rio Grande, la tolérance se joue à coups de dollars et de face de gringo. Et sa bonne tête de blanc remédiait à leurs problèmes d’argent. Du moins au début. Un couple aussi bigarré ne passe pas inaperçu, même dans les confins du désert de Sinaloa. Trois pistoleros avaient un jour franchi la barrière de son ranch. Sans mot férir, ils avaient sauvagement abusé de Rebecca pendant son absence. Ils étaient repartis avant le coucher du soleil, la laissant sans vie et éventrée. Le cadavre du bébé sorti prématurément des entrailles de sa mère gisait quelques pas plus loin. A son retour, il avait hurlé à la mort. Six jours à boire et à pleurer au milieu de ces corps tant chéris. A l’aube du septième jour, il les avait enterrés, tous les deux. Et enfourché son cheval. Rédemption. Il n’avait pas réussi à tenir sa promesse à Rebecca. Arrêter l’alcool et déposer les armes. Il avait failli. Mais il s’était juré que sa rédemption passerait par la vengeance. Une fois ces vautours déchiquetés par le plomb de son Remington. Rebecca le comprendrait. Rebecca était sa rédemption, même dans l’au-delà. Même si le carnage devait durer encore des années. Il les tuerait tous. Tous ces chiens galeux méritaient la mort. De Dieu ou de Satan, on verrait qui aurait le dernier mot. Rédemption.

La tombe trônait dans un coin reculé du cimetière. En partie caché par des arbres lugubres, l’endroit était propice à des activités illicites. Jack vit Johnny s’agenouiller et tâter la terre brune. «Le vieux ne t’a pas menti, souffla son compagnon d’armes. La terre a été fraîchement remuée.» Jack leva les yeux. La nuit n’allait pas tarder à s’épaissir. «Trouvons une cachette où se dissimuler en attendant ces hijos de puta», éructa-t-il, la haine baveuse, le poing crispé sur le cou d’un ennemi imaginaire. Le cactus, porteur de tequila joyeuse dans les cantinas, était impatient de cracher le feu dans les estomacs de blancs-becs déjà putricides à ses yeux. Seuls ces innocents ne le savaient pas encore.
«Jack, on peut encore tout laisser tomber et partir loin, suggéra, inquiet, Johnny. J’ai une bonne amie en Californie, elle nous aidera à nous installer.
-Va-t-en si tu veux, rien ne te retient ici, grommela le vengeur masqué par l’ombre d’une branche.
-Bordel, toi non plus! T’as débarqué après des années, comme ça, j’te croyais mort! Et tu te mets dans une merde noire, tu dézingues un shérif et tu te prends pour le sauveur d’un bled paumé où ne croupissent que des tarés et des pleutres! Jack, ressaisis-toi!
-Je ne t’en veux pas John, tu ne peux pas comprendre. Mais cette guerre est la mienne à présent. Je dois le faire, pour moi, et …
-Pourquoi tu veux crever comme un putois Jacky? En fait, non, t’es déjà mort, et depuis longtemps.
-Mais qui te dit que j’ai oublié de vivre, Johnny?
-T’es qu’un con, elle est morte Rebecca! MORTE! C’est pas en te bousillant que tu vas la faire revenir! Elle aurait honte si elle te voyait! HONTE! Tu m’entends?
-Ecoute-moi bien sale bouffeur de chatte vérolée, s’emporta Jack, la main au collet de son ami. Ne prononce plus jamais ce nom! C’est ma vie, c’est mon choix.»
Frères dans le sang, les deux J se toisèrent quelques secondes. Puis Jack relâcha son étreinte.
«-La mort, tu la fuis, elle te suit, tu la suis, elle te fuit. Et j’ai un plan. Are you with me Johnny?
-Si tu en réchappes, je t’abats comme une cow grabataire!
-C’est toi le co…barde!»
Deux rires tonitruants s’élevèrent alors dans les cieux, l’espace d’un instant, la joie et l’insouciance reprirent place dans le cœur de nos héros. Un moment qui se prolongea en-dehors de tout espace-temps. Cet instant qui précède la violence et la mort.

Un bruit dans les broussailles le réveilla. Sans doute un chien errant, voulut se convaincre Johnny. La tête dodelinante, ce guetteur venu d’un autre âge étouffa un bâillement. Les fesses endolories par ces heures perchées dans l’arbre, il esquissa un mouvement du bassin pour s’accommoder l’arrière-train. Dans la nuit noire, Johnny tenta de percer les mystères de l’Ouest. Comment Jack s’en sortait-il? Une pensée sombre l’assaillit. Et s’il était déjà six pieds sous terre? Il jeta un regard interrogatif sur la tombe en dessous de lui. Une silhouette venait de surgir des ténèbres. Deux autres apparurent à sa suite. Impossible de distinguer qui que ce soit, pesta Johnny. Mais au raclement d’une pelle sur une pierre et au scintillement d’une flamme d’allumette reflétée par une pioche, nul besoin d’éclaircissement. Les bougres étaient de retour. Restait plus qu’à attendre le signal. «Eteins-moi cette clope», maugréa l’un d’entre eux. «On n’y voit goutte, chuchota le fautif. J’voudrais pas me tromper de tombe.» Les pelletées se mirent furtivement en action. Johnny leva lentement son rifle et ajusta silencieusement le troisième larron resté à l’écart. «Rallume un peu pour voir, j’ai l’impression qu’on touche au but», glissa le grincheux. Une allumette à la main, son comparse s’approcha au plus près de la tombe. Une lueur surgit alors d’outre-tombe. La tête du fautif explosa en mille morceaux et aveugla de sang le grincheux. La terre se mit à gigoter et un cactus terreux sortit de terre. Une deuxième détonation illumina la nuit ensanglantée. Le grincheux ne pourrait plus jamais râler. Des dents giclèrent ici et là et un trou vint se former entre ses deux oreilles. Les pas de celui qui avait la mort aux trousses résonnèrent dans le silence glacial. Johnny arma, et tira. Plus rien ne vint troubler la quiétude des défunts. «Well done, Johnny, tu l’as tiré comme une caille!», s’extasia Jack qui peinait à s’extraire de la tombe. «Bloody hell! Le pire coup de ma carrière oui! Je voulais le blesser, pas le tuer. A qui on va tirer les vers du nez maintenant?», grogna Johnny, le popotin trémoussant à la descente de l’arbre. «Tant pis, rétorqua Jack enfin tiré du trépas. Regarde moi sur quoi j’avais mon cul!» Des caisses de lingots d’or brillaient de mille feux malgré l’obscurité. «Les preuves, on les a. Purcell Davies est dead, old boy, dead».

Auteur : Tristan

Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Mercredi 8 avril 2009
 Les hommes à qui la vie fait endosser le rôle de proie ou de chasseur se rapprochent de la bête. Les espaces trop clos ou trop ouverts les oppressent. Leur sommeil n'est pas celui du banquier dans son lit ou de l'or dans un coffre. Trop de gens avaient essayé de tuer Jack et lui, il avait traqué trop de crapules pour pouvoir dormir sereinement. Aussi, le cavalier qui approchait de son campement fut accueilli par le canon d'un colt et un "qui va là ?" qui ne rigolait pas. Jack se doutait qu'après la mort de Littlebone et l'attaque de la banque, les choses allaient s'emballer pour le meilleur ou pour le pire. Le dernier acte de cette dégueulasse tragédie venait de commencer.
" - Qui va là ? répéta Jack.
- Ta dernière voie vers le salut, lui répondit le révérend McCulloush.
- Qu'est-ce que vous faites ici seul ?
- Je viens sauver des âmes et des trous de balle. La ville voulait te lyncher. Tes manières de mauvais garçon ont fini par lasser tout le monde. J'ai réussi à les calmer et à leur faire croire que tu étais le seul à pouvoir les liberer de Purcell Davies et de toute sa bande. Mais je t'avoue que même moi, en ce moment, je me demande si le remède n'est pas pire que le mal, Jack. Il nous reste une dernière chance de donner un but à ton existence de bête sauvage mais tu dois me faire confiance aveuglement et faire vite."
Dans la nuit froide du désert, Jack scrutait le vieux visage du serviteur de Dieu à la lueur des braises du feu mourant. Pouvait-il lui faire confiance ? Puis, il examina son âme. Qu'avait-il à perdre ? Rien. Et à gagner ? Peut-être réussir enfin à faire la paix avec lui-même; peut-être finir enfin quelque chose pour une fois et arrêter de fuir.
" - Quel est le plan, révérend ?
- C'est très simple, Jack. Il faut que tu aies la bande, que tu les déloges de leur cache et apporte à notre justice très myope les preuves irréfutables du système de racket de Purcell Davies. La population ne sait plus à qui faire confiance. Ils sont prêts à se conduire enfin comme des hommes, mais ils ont besoin d'un signe. Tu dois être l'etoile de ces apprentis rois mages.
- Très simple, en effet. Mais vous oubliez un détail, révérend. Je n'ai même pas le début d'un indice sur l'endroit où ils se cachent.
- Tu es devenu trop sceptique, Jack. Je ne te blâme pas. Le chien qui a reçu trop de coups de bâtons finit par avoir peur des os. Figure-toi qu'une nuit au cours de laquelle je ne pouvais dormir, j'ai entendu du bruit dans le cimetière. Tu sais que mes fenêtres donnent dessus. J'ai jeté un œil par la fenêtre pour surprendre le fils de pute qui osait troubler le sommeil des morts. Je vis alors une silhouette trapue surmontée d'une tignasse rousse disparaître. Le lendemain, j'ai examine le cimetière et découvert la tombe d'un paroissien inconnu, sensé être mort il y a cinq ans. Or, je n'ai aucun souvenir de ce Ralph Edemption alors que je suis dans ce bouge depuis plus de dix ans. Je ne te fais pas de dessin...
- Pas la peine, Reverend, c'est clair comme de l'eau bénite.
- Une dernière chose, cow-boy. La population, en signe de soutien est prête a vous nommer shérif. Voilà l'étoile.
- Je ne suis pas de cette église la, mon père. Je ne sais pas ce que vaut la justice de Dieu, mais celle des hommes est une catin qui a le con plus large que cette étoile.
- Comme tu voudras, pèlerin. Bonne chance route."
Le bruit des sabots du cheval de McCulloush réveilla Johnny qui bondit sur son arme.
"- Qui était-ce ? marmonna-t-il la bouche pâteuse.
- Un ange, répondit Jack."

Auteur : Emmanuel H.

Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Mardi 7 avril 2009
          Au coin du feu Jack et Johnny ne parlaient pas. Ils savaient que cette fois ils avaient franchi un cap en tuant un shérif. Certes cette étoile percée avait accepté tant de pots-de-vin que même en en buvant le vin il aurait fait fortune en vendant les pots. En outre (qu'il était) il était trempé jusqu'aux os dans la farce dont Jack pourrait bien être le dindon. Mais ils l'avaient tué et ce que les autorités en retiendraient c'était qu'il était le shérif. Jack n'avait pas touché à sa gamelle, amer, Johnny, plus philosophe ou moins alerte avait quant à lui englouti ses haricots. Du bout des doigts Johnny frappait machinalement sur sa boîte de conserve. Jack l'écoutait. Il se mit à son tour à tapoter sa boîte. Il sourit. Johnny avait cueilli une herbe longue et fine et, pincée entre ses deux pouces, il la fit vibrer de son souffle puissant.
     Jack abandonna sa conserve pour une bûche qu'il frappait en rythme avec la crosse de son revolver. Il commenca à chanter:
" Mary est un python foireux
  Qu'est vénéneux, qu'est dangeureux,
  Qu'il faut fuir comme les chlamidyas!
  A bas Mary-couche-toi-là!"
     La nuit les enveloppait comme un manteau, dans le background un coyotte qui hurlait était le seul signe de vie. Même la rivière, qui coulait à deux pas de leur camp, semblait morte tant elle était muette. Johnny d'un bout de ficelle, de sa conserve et d'un bout de bois s'était improvisé un banjo et le grattait mélodieusement.
 "J'avais l'âme d'un nouveau-né
  Quand j'ai connu cette traînée
  Si lors je suis un salopard
  Parlez-en donc à ce cafard"
       Johnny soufflait dans une bouteille en regardant les étoiles figées dans leur course le temps d'une chanson. En accomplissant une tierce mineure il scrutait la grande ours. Jack conclut la rengaine:
  "Je suis peinard depuis qu'chuis seul
  Avec mon pot', mon feu, ma gueule
  Sous le ciel de mon beau pays.
  Reprends des haricots Johnny!"
     La musique avait toujours eu le don de les détendre, ils se sentaient mieux. Johnny lâcha sa bouteille et remit des fayots dans son banjo.
    
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Dimanche 15 mars 2009
Tandis qu’il s’élançait vers la sortie, Johnny accroché à ses botes, Jack eu l’œil accroché par un éclair. Cet éclair ce n’était pas la première fois qu’il venait se planter  au plus profond de son iris. Et cette sorte d’hyperacuité sensorielle lui avait plus d’une fois sauvé la mise. Mais cette après-midi là, lorsqu’il aperçut l’étoile du sheriff au milieu de la foule des curieux. Peu s’en fut qu’il ne fût pris au dépourvu. Mais quelques secondes plus tard ce fut le sheriff qui, s’élançant carabine au point à travers la porte brinquebalante de la banque, eu l’heur de constater que le cerveau de Jack n’avait rien perdu de sa vélocité. Et quand nous disons l’heur c’est par déférence pour notre héros. Le sheriff, lui, dont ce fut le dernier, et sans doute le seul constat de feu son existence (exception faite d’un vague constat d’assurance qui lui avait valu la plus belle escroquerie de sa vie), il l’eu volontiers qualifié de malheur si son crâne ne venait pas d’exploser dans une gerbe nauséabonde sous l’effet conjugué des calibres des deux J.. Nauséabonde, ne nous y trompons pas, non en raison de l’incroyable quantité de bêtise et d’hypocrisie répugnantes que les années y avaient concentré, mais de la botte de jack qui venait de l’atteindre au visage, avant garde des armées Smith et Wesson. Dans un éclair de génie, et le temps que l’homme de loi franchisse en un bond stupide et téméraire les deux marches de l’établissement, Jack s’était déchaussé, et l’incontrôlable et nauséeuse réaction de dégoût provoquée par la puanteur de l’accessoire orthopédique, réaction qui lui fit, un instant, quitter des yeux l’intérieur du bâtiment, fut fatale au marshall. L’instant d’après, tandis que les dernières gouttes de cervelle retombaient sur le malheureux corps qu’elles avaient péniblement mis en mouvements au cours de quarante ans de bons et loyaux services, Jack et Johnny se précipitaient à travers un fin brouillard de particules rougeâtres sous le soleil de Tennessee Gulch. Johnny hilare, et Jack boitant sur son unique botte bondirent sur les montures qui les attendaient et disparurent en un instant au yeux des spectateurs ébahis pour divers raisons : Le jeune stevee parce qu’il n’avait jamais vu un homme mourir de façon si spectaculaire ; le pasteur Mc Culloush parce que, décidément, cet homme avait du panache ; le juge Tyrone parce qu’il comptait marier sa fille au shérif et voyait s’envoler tout espoir de lui trouver un époux tant soi peu notable ; la fille en question parce qu’elle portait l’enfant de Jack et comptait bien se servir de Littlebone, l’un de ses nombreux amants, pour donner à l’événement toutes les apparences de la bienséance ; et enfin l’épicier parce que le marshal lui devait une bonne douzaine de dollars.
Mais laissons ces braves gens à leurs consternations respectives et, comme disait grandpa O’Rilley dans ses accès de philosophie « laissons les mous-du-cul enterrer les morts des plus couillus », et retrouvons nos deux outlaws qui, pour l’heure, fuient à travers la plaine comme on fuit un patelin infesté par la chtouille.

auteur: Jean-paul
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Dimanche 15 mars 2009
A Okey Podium, rien ne se passait. Le shérif avait passé l’arme à gauche. Quand on range son pistolet à droite, ça pardonne pas… Le coup est parti tout seul. Et des carrioles entières d’habitants, ne se sentant plus protégé par leur hypershérif à talons hauts (tout occis par sa propre stupidité), étaient parties toute seules. Enfin bref, rien ne se passait. C’est dire, même les enfants des rues s’emmerdaient. Il n’y avait même pas un chat ou un moineau mourant sur lequel lancer de boîte de conserve aux arêtes bien tranchantes. Pire : les rues étaient désertes et les chacals seraient bientôt stupéfaits par leur propre écho. Enfin, rien, quoi. Pas même une bagarre au saloon. Pas un fer à cheval qui boug’ dans le sable rouge. C’est qu’tous ses braves gens étaient chez l’vieux Pérol, qui par un passe-droit qui avait longtemps donné soif aux bavards, habitait la somptueuse maison derrière l’église. A l’ombre d’un volet crasseux, on allait médire. Pire : médire sur un franc-tireur. Une voix chevrotante, qui avait tout du Judas, s’éleva dans le soleil couchant et à travers le bois vermoulu : « Mam’zelles, ‘sieurs dames, et enfin mes hommages m’sieur l’maire, je vais vous raconter l’histoire d’une tête de mule, d’un vilain garnement à qui on pas assez tiré les oreilles quand il portait ses couches ». Le public eut soudain les oreilles attentives, les chiques ravalées, les lèvres serrées. Le récit, qui fleurait bon le télégraphe indien, débuta : « Le désert, la nuit. Rythmés par les dunes qui s'esquissent en têtes de mort et les sornettes des serpents, rares sont les peaux-rouges qui fomentaient d'improbables mauvais coups autour d'un feu, terrorisés qu'ils étaient par… » Le public retint son souffle. Le vieux Pérol tout claudicant, les mains comme des marionnettes, voyait qu’on l’écoutait. Il fit un peu durer le plaisir, puis finissa sa phrase : « …un cowboy insomniaque ! Ce vilain pistolero, dont l'avis de recherche servait souvent de cible aux fléchettes, sévissait alors près de chaque ville où les motels miteux poussaient comme des champignons, et où les prostituées pullulaient comme les mauvaises herbes. Et naturellement, à chaque endroit où il y avait quelques dollars à grappiller. On le connaissait sous le nom de Cactus Jacques, dit le vieil homme en détachant les syllabes, comme pour mieux s’en désolidariser. Le vieux Pérol ne le précise pas, mais l’auteur juge utile de vous apprendre ceci : Tout un chacun avait soin de…cracher soigneusement après avoir prononcé un blaze porte-malheur (mais souvent à côté du récipient prévu à cet effet, reconnaissons-le). Bien que ni vous ni moi n’ayons eu la mauvaise idée d’habiter dans un Far-West de pacotille sorti de l’imagination d’une bande de snobs, décomposons tout de même le patronyme du vilain du jour. « Cactus », une plante pour certains, un mets et une boisson pour lui, « quand sa proie s'essouffle et pense piquer un somme... lui casse la croûte, et vous attrape avec plus de nonchalance qu'un crocodile se repaît d'un agneau à trois pattes », reprit le vieux banquier formé sur le tas. « Il se baladait, traînant sa patte folle dans le sable, décharné et ricanant, avec une immense poêle bosselée qui lui servait à cuire de beaux cactus qu’il découpait avec amour, s’imaginant déjà dessiner de jolis sourires sur la gorge d’indiens ou de shérifs trop curieux. Découper, oui. Il n’avait plus quitté cette lame de rasoir encore pleine de sang frais qu’il avait trouvé près d’une oreille, dans un hangar ». Quant au « Jacques » de notre « Cactus », « c’était un Mr Hyde en moins discret. Pas de conflit entre la bête et l’homme : c’est de concert que les deux identités rivalisaient de bêtise crasse, de sauvagerie vacharde et de spontanéité mortifère. En bref, quelle ordure ! Il avait francisé son nom parce qu’il trouvait ça terrifiant d’évoquer « ces arriérés de l’autre côté de l’Atlantique », comme il aimait à l’expliquer en vieux cajun entre deux couinements avant de cisailler sa prochaine victime ». C’est à ce moment crucial de l’histoire que « Grand’ma » entra dans la pièce, sa robe de chambre en laine inégalement répartie sur ses chairs dégoutantes (la vieillesse, quoi) : - « Allons allons, les enfants qu’est ce que vous racontez ? Ce Cactus Jacques c’était un vrai tendre ! Bon, je crois que je vais aller vous préparer du porridge… ». - « Oh oui Grand’Ma », répondit en chœur toute l’assemblée.

Auteur : Jérôme

Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Dimanche 8 mars 2009


Un des frères O'hara, Bobby, alla rejoindre ses ayeux au paradis des malfrats ratés. Jack avait toujours su viser.
˵ Il y a encore deux O'hara de trop ˶ grommela-t-il en se réfugiant derrière une table. Son entrée foudroyante avait laissé ses adversaires pétrifiés. Il continua à presser la gâchette, plus pour laisser à Johnny le temps de se mettre à couvert que pour remplir son tableau de chasse déjà bien fourni en chacals de toutes sortes. Peu après, ils étaient épaule contre épaule, essayant de jauger la situation plus rapidement que leurs adversaires dans cette lutte à mort.
˵ -Je ne te savais pas aussi populaire, Jack. Huit personnes pour quelqu'un qui est dans la ville depuis une semaine, c'est émouvant. Je n'avais pas vu une telle foule depuis mon troisième mariage.
- Tu es devenu aveugle Johnny : ils étaient onze et maintenant, ils ne sont plus que dix. Tu n'as pas vu les trois derrière le comptoir. Ton troisième mariage, c'était avec la Mexicaine qui n'avait pas de dents ?
- Non, elle, je ne l'ai épousée sous un faux nom, je ne la compte pas. Tu as un plan, Jack ?
- Tu entends ce bruit, Johny ? Ca ressemble à un bruit de braguette, mais c'est la mèche d'un bâton de dynamite que le regretté Bobby O'hara avait placé sur le coffre-fort. Le premier qui fait semblant de vouloir l'éteindre prend un somnifère en plomb. Ils le savent. Ces apprentis out-laws ont réussi à être encerclés à onze contre deux. Ils sont coincés entre nous et maman dynamite. Le plan, c'est d'attendre que la symphonie posthume de Bobby soit achevée. A ce moment, on liquide ceux qui font une bêtise et on disparait, suffisamment vite pour que ce balourd de shériff Littlebone ne nous attrape pas, mais pas trop pour qu'il cueille quelques unes de ces fleurs des champs. Tu sais, Johnny, tu n'es pas obligé d'épouser toutes les filles que tu ....
La fin de la réplique de Jacck et la réponse de Johnny furent couvertes par une explosion fracassante. Les murs de la banque semblèrent un moment sur le point de s'effondrer. Une fumée noire envahit les lieux. Pendant quelques secondes, il fut impossible de distinguer quoi que ce soit. Un chapeau ensanglanté et à demi brûlé vint rouler aux pieds des deux cow-boys.
˵ - Va finir de brûler en enfer, Bruce. Tu pourras y expliquer à ton frère comment on dose les explosifs et lui dire que le troisième O'hara vous rejoint bientôt˶ énonca sentencieusement Jack.
C'est un coup de feu de Johnny qui lui répondit. Un des malfrats, réfugié derrière le comptoir avait tenté une sortie désespérée et venait de passer dans sa ligne de mire. Il s'en suivit un silence lourd de menace. La banque était petite. Le hall d'entrée avec quelques tables où étaient les deux acolytes. Plus loin, un comptoir derrière lequel les voyous avaient pris la place des autres voyous qui y œuvraient en journée. Enfin, derrière, un bureau du directeur où se trouvait le coffre-fort. La paroi qui séparait cette pièce du hall était maintenant éventrée par l'explosion et les débris de la porte jonchaient le sol. Jack jeta un oeil derrière sa table et put voir dans le bureau une horrible peinture à l'huile que Miss Pidgetown avait réalisé pour une oeuvre de charité et que la banque avait achetée. Davies avait une conception douteuse du mécénat. L'oeuvre venait de tomber du mur et n'avait que trop peu souffert de l'explosion. On pouvait malheureusement encore y reconnaître une nature morte aux fleurs très vaguement inspirée de l'école flamande. Mais pas le moindre signe de la présence d'une bande de truands armés de l'éperon au stetson.
˵ - Il se trame quelque chose de louche. Normalement, ils devraient grouiller par ici, tels un essaim de moustiques attirés par l'odeur d'aisselle de feu Maughton. Dans moins d'une minute, on a intérêt à être loin d'ici si on ne veut pas tuer un marshall.
- J'ai peut-être une explication, Jack. La bonne femme de Samuel Colt n'est pas douée en dessin, mais le sous-terrain existe et c'est par là que ces rats ont pris la fuite.
- Ou bien ils bluffent et espèrent qu'on aille les chercher.

On commençait à entendre des bruits dans la rue. L'explosion avait attiré les chalands et Jack pouvait déjà imaginer les sadiques du coin qui ne cherchaient qu'une occasion de se servir de leur dernière pièce de collection tirer dans le dos à trente contre un avec la bénédiction de la justice. La Justice elle-même, sous l'apparence peu flatteuse de ce gros tas de Littlebone, serait bientôt là. Il fallait prendre une décision sans plus tarder : soit tenter une sortie pendant qu'il en était encore temps et se comtenter de cette victoire temporaire, soit se lancer à la poursuite de Purcell Davies et de toute sa bande dans un hypothétique sous-terrain qui pouvait être le pire des traquenards s'il existait et la voie royale pour la potence s'il n'existait pas.

Auteur : Emmanuel H.
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Dimanche 1 mars 2009
La loupiote vacillait. Un clair-obscur digne d’un Caravage à son apogée pointait son nez à chaque pénible mouvement. Tendue à bout de bras, la flamme tremblait sous le souffle rauque de Jack. Se traînant comme un bourgeois abattu par une bouteille de whisky pur malt, plus pur que Malte, dans ce souterrain bourbeux, le cow-boy perdit sa fière allure après le troisième embranchement. Une brève halte pour consulter le plan et respirer une bonne bouffée de fumée noire qui se dégageait de la lampe à huile, Jack se maudit d’être aussi pleutre.
 Poursuivant son chemin, le Cactus claustrophobe n’y voyait goutte. La sueur mouillait sa chemise et son caleçon Long John s’humidifia à la vitesse d’une bouffée de chaleur de la jolie Maria d’El Paso pour se coller à son arrière-train poisseux lorsqu’arrivé au quatrième croisement de cette galerie qui sentait déjà bon la mort, Jack beugla : « Johnny la chienlit ! On tourne en rond depuis deux heures ! Où t’as trouvé ce plan ? »
Le chien de Johnny qui suivait tant bien que mal, rampa sur les quelques mètres qui les séparait telle une raclure de chasseur de scalp mendiant sa prime après avoir sauvagement massacré des enfants Sioux et violé des femmes Apaches à un agent du gouvernement puant et bedonnant. « Spencer, celui du pénitencier de Chihuahua, pas le Spencer qui culbutait la bonne femme de Samuel Colt, eh ben il a rencontré un chinois derrière les barreaux qui venait de San Francisco. Il avait poignardé un contremaître qui reluquait sa pépette. Faut dire que la mignonne se pavanait sur le chantier du chemin de fer en aguichant ses compatriotes, histoire de remplir la gamelle de son mâle le soir. Le gars, il a pas apprécié qu’un blanc veuille y toucher. Les femmes, j’te jure. Enfin, ils prennent la fuite mais se font chopper par la patrouille de moustachus à peine le Rio Grande franchi. Résultat, ils prennent perpète. Alors…
-Nom de dieu ! abrège !
 - Bon bon, là Lee, le Chinois hein, il rencontre Spencer, ils font ami ami, juste ami hein, va pas croire, si Spencer imaginait ce que tu es en train de penser…
- Je le connais même pas ce Spencer !
- Hein ? Tu connais pas Spencer ? Le gros qui boit un tonneau de bière et qui arrive à faire deux pas avant de s’effondrer ? Alors c’est peut-être pas le bon Spencer…
- Johnny, tu l’as eu comment ce plan du tunnel ?
- …
- Johnny !
- Mâme Daisy.
- Hein?
- Bah oui, la bonne femme de Samuel Colt quoi.
- T’es un chien Johnny, un vrai bâtard abandonné par une nuit sans lune. Tu mérites le gibet. On raconte que ce voyou de Colt a inventé ce nouveau pistolet que tu portes à la ceinture pour trouer la peau de celui qui troussait sa femme ! Et c’est à cause de toi qu’on va crever comme des rats ! Ce plan vaut pas tripette ! T’as beau raconter à tous les hurluberlus du comté que c’est Spencer qui fait la bête à deux dos avec la Daisy, elle t’a roulé dans la farine ta greluche, et toi t’as rien vu venir, trop occupé à mettre ta grande gueule là où il fallait pas !
- Tu sais les ragots Jack, ça va ça vient…
- Tu comprends pas qu’elle en a profité pour se débarrasser de toi ? t’as la jugeote d’un adjoint du shérif bordel. Pourquoi elle t’aurait refilé le plan d’un tunnel qui donne sous la salle des coffres d’une banque, gros chacal ?
- Ah tu veux vraiment savoir ?
- Non ! Ferme-la et barrons-nous avant qu’un éboulis nous écrase comme des chiures de mouche. Tourne-toi.
- Non Jack, pas comme ça. »
Dans le conduit exigu, des raclements et des hénnissements se firent l’écho d’un branle-bas de combat des plus singuliers. Deux ombres se mirent à se tortiller comme des pucelles à vendre. Johnny se prit la botte de Jack dans le tarin, Jack se prit un coude de Johnny dans les cotes. Les deux J s’assemblèrent un instant le temps que la flamme passe d’une main à une autre. Puis Johnny traça le chemin. Tout droit. De toute façon, il n’avait pas de plan. Enfin si. Il se doutait bien comment tout cela allait finir. Le Jack n’en resterait pas là.
Le nez sanglant et la gorge sèche, Johnny sortit de la caverne, située à trois miles de ce pueblo de malheur où se réunissait la mauvaise herbe des desperados sans cerveau et pas rigolos, et la lumière du soleil l’aveugla un instant. Jack le percuta, trop pressé de ne plus se sentir oppressé. Le regard au loin, la main contrecarrant les assauts intempestifs du dieu Rê, ils contemplèrent le frêle baraquement en contrebas où s’alignaient les lettres délavées : B-A-N-K.
Ces deux hommes qui avaient survécu à Fort Alamo, bardés de cicatrices, endurcis par cette hyène de vie, resplendirent d’une aura virile et sereine de ceux qui ont vu le danger en face et l’ont vaincu sans sourciller. Ils enfourchèrent leur monture, et d’une même foulée décidée, les deux pistoleros se dirigèrent impitoyablement vers leur destin. Aucune âme vivante ne vint à leur rencontre. Le trot des deux mustangs vifs comme l’éclair se chargeait d’électricité à chaque sabot qui se rapprochait de l’établissement dirigé par cette crapule sans honneur de Purcell Davies. Jack stoppa net devant l’abreuvoir. Il sauta presque comme un gamin insouciant qui prépare un bon tour à son vieux grincheux de voisin. Il plongea la tête dans l’eau, précédant de peu son cheval. Un peu de fraîcheur sous ce cagnard dévastateur lui rappela le pourquoi de sa venue dans ce trou perdu. Il était temps pour lui de passer aux choses sérieuses. Un sourire se dessina sur son visage buriné et mal rasé en repensant à ce cocu de Samuel. Sacré Johnny. Il le savait derrière lui, prêt à le suivre jusqu’au bout de l’enfer. Jack sortit ses colts, défonça d’un violent coup de pied la porte de la banque et pressa la détente.

Auteur: Tristan.
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Mercredi 25 février 2009

"-Non Johnny je ne remets pas mes pieds dans ces bottes! Ce foie-jaune a fait dans son froc avant de passer l'arme à gauche. Et puis ne t'occupe donc pas de mes odeurs et revenons au plan si tu veux bien.
-Moi je veux bien mais elles se posent là tes odeurs!
-Bon bah ca va aller maintenant!
- Mouais.
-Bon! Le plan.
-...
-...
- Ah non Jack..! Désolé mais tu daubes plus qu'un putois crevé et pourtant on est au grand air. Je peux pas penser, je me sens plus réfléchir"
               Jack se leva en blasphémant, puis se dirigea vers le puit par-dessus la margelle duquel il entreprit de hisser le seau. Il s'exclama à l'attention de Johnny : "Travaille donc au plan, Princesse! Ah je t'en foutrais moi des odeurs! Monsieur Johnny-la-gerbe-au-comptoir a l'estomac sensible. Flatulencing Johnny a le tarin aristocratique! Nom de Dieu de nom de Dieu!"
Johnny voyait bien quelques vérités dans les propos de Jack. Dieu sait que les odeurs il pouvait en supporter quelques-unes mais, pour le moment, son but n'était pas de respirer plus librement mais de changer le plan de Jack pour le faire sien. Oh, les deux n'étaient pas si différents. Le plan de bataille, que plus simplement ils appelaient "le plan", était concocté de la veille. Jack avait parfois des moments d'extralucidité pareil à ceux qu'ont les vraies voyantes mais ce bon vieux Jack, pour qui les flux divinatoires n'étaient pas familiers, s'aidait d'une forte dose de gnôle pour les atteindre. Ainsi, aussi raide qu'une bite de pendu pouvait-il percer les arcanes de cette science exacte. La trouble cérémonie accomplie, ils s'étaient écroulés comme des arbres dans la tempête.
C'est le lendemain matin en allant pisser que Jack avait eu l'idée. Il cherchait quelque chose pour s'essuyer les doigts qui avaient été druement arrosé, dans la hâte dont il avait fait montre pour accomplir cette vile mais nécessaire besogne. Son pantalon et sa chemise étaient trop sales pour qu'il osât y mettre la main mais en fouillant dans ses poches il trouva le brouillon du plan confectionné la veille et tout lui revint en mémoire. Jack voulait passer par les conduits de l'ancienne mine qui passait sous la ville et plus particulièrement sous la banque, de là, piquer l'or à grand renfort de dynamite. Ce n'était qu'un plan plus que banal qu'il avait repiqué au Kid Dynamite* mais là où on pouvait reconnaitre le génie de Jack c'est qu'en suivant les boyaux de la mine à la poursuite des voleurs, les étoilés tomberaient tout logiquement sur la bande de bras cassés contre qui Jack avait une dent. Pourquoi sur eux et pas sur Jack? Parce que Jack, lui, serait caché dans une galerie qui parait bloquée par les éboulis mais dont une pierre, plate et suffisamment peu lourde pour être soulevée par un homme, peut révéler l'entrée. Entre logique et flair, le tunnel de la banque mène assurèment sur le repaire des brigands et si on ajoute à leurs gueules à gibet, l'or qu'ils avaient sous le coude pour saler les mines du coin, ils étaient cuits. Jack aimait ce genre d'équation où ayant trop d'ennemis et pas assez d'or, il obtenait finalement, de l'or et beaucoup moins d'ennemis. Seulement ce que Johnny voulait changer du plan de Jack, c'était qu'au lieu d'arriver sous le coffre secondaire de la banque, ils arriveraient sous le principal, point sur lequel Jack avait été intransigeant la veille. Johnny aimait bien l'or mais il préférait beaucoup d'or. Aussi, pendant que Jack se lavait les pieds en gueulant, Johnny en profita pour remplacer, sur le plan, l'emplacement des deux coffres. L'ayant fait, il sourit et regarda Jack qui s'essuyait les pieds dans les herbes hautes:
"- Alors? Arrives-tu?
- Tiens, Johnny-Fait-Sous-Lui est pressé maintenant."
Jack était de meilleure humeur après avoir maudit son ami sans que celui-ci me répliquât, ce qui n'était pas si fréquent avec cette grande gueule de Rotten-Teeth-Johnny. Il lui tapa dans le dos et se pencha sur le plan en lui disant:
  "-Comment ca se passe avec ce plan?
  -Si j'en crois ce que tu as écrit, ca commence là", dit Johnny en pointant le doigt en direction du puit.

*voir dans la même collection Un Cactus dans la soupe.

Auteur : Antoine
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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