"Et pour commencer, c'est dimanche midi et le dimanche midi, un homme doit avaler son beefsteak",
se dit Jack en remontant son blue jeans qui retomba aussi sec. "Putain, Jack, regarde toi, tu te laisses
aller. Tu peux plus te battre comme ça tous les soirs. T'as plus l'âge. Faut être plus malin que ça.
Cette vieille hyène d'O'Hara et les deux chiots qui lui pendent encore à la mamelle, tu les auras en
temps voulu. Quant au fils du curé, cette petite pucelle qui se bichonne comme à son premier bal, il
faudrait encore qu'elle se découvre une paire de couilles avant de te causer des soucis. Mais même après
la leçon qu'elle vient de se prendre, la petite salope n'est peut être pas encore trop honteuse pour
t'envoyer une de ces vermines qui pour une bouteille de Bourbon et quelques balles sont prêt à vous trouer
la peau! Et Mary... Mary qui doit bientôt mettre au monde mon enfant...
Allez vieux serre les dents et trouve toi un steak."
Sous le dôme argenté que la poussière portée par le vent d'Est forme quand le soleil est au
plus haut, Jack traversait la ville à la recherche d'une auberge où il ne verrait plus ces rats de
paroissiens lui jeter des regards craintifs et méprisants. Ce n'est que devant l'enseigne du Jumpy Rabbit,
dans un quartier où tous les bannis de l'ouest se retrouvent et s'entassent formant le maillon abject
qui sépare l'homme et l'animal, que Jack se dit qu'enfin il tâterait un bon vieux steak.
Dès qu'il eut passé la porte mal repeinte du rade, une voix surgie du passé le fit stopper net:
"- Je ne t'attendais pas de si tôt Old Boy. Je te croyais encore assez aimable pour passer plus de deux
jours chez les bons samaritains avant qu'ils ne t'acculent dans mon aimable réduit!
- Le temps gâte tout, lâcha Jack, impassible, au seul homme qui se trouvait là, appuyé nonchalamment
sur le bar et qui le fixait de ses grands yeux verts avec un petit sourire au coin des lèvres.
- Fort bien, buvons alors au bon vieux temps! dit l'homme élégant en invitant Jack à s'assoir d'un large geste
du bras. Jenny, apporte nous mon meilleurs whisky.
Et tandis que Jack s'approchait du bar, il continua de sa voix de ténor, chantante et amusée:
- Tout fout le camps dans ce pays, Jack. Pense par exemple à l'alcool qu'on distille ici, le Bourbon. C'est
infecte et pourtant on trouve dans l' Ouest des choses bien pire. Non, je t'assure, je renonce, il n'y a plus
rien à sauver ici. D'ailleurs je fait venir mon whisky d'Irlande!"
Pendant ce temps, une jeune femme au large décolleté apparut portant sur un plateau une bouteille et
deux verres. De sa chevelure brune tombaient des boucles soyeuses qui lui couvraient les yeux qu'on
devinait à sa mine soucieuse fixés sur le plateau afin de ne rien renverser. Tandis qu'elle les servait,
l'homme reprit :
- Et toi Jack, que devient-tu? Te bats-tu toujours pour le bon droit?
Jack regardait toujours Jenny qui s'éloignait maintenant. Il articula lentement:
- La Justice est une catin!
- Mais toi un vieux garçon... lâcha laconiquement l'homme puis : Ce sont les fesses de ma femme que
tu regardes!
- Je vois que tu t'es rangé. Excuse-moi, j'ai peut être eu tort d'entrer chez toi! dit Jack en se levant.
L'homme le prenant par le bras lui indiqua de se rassoir.
- Non, nous buvons toujours au bon vieux temps! J'ai simplement dû changer de coté du bar pour survivre.
Les temps sont durs, et l' Ouest se déglingue. D'ailleurs les rumeurs de la ville m' apprennent que tout
ne va pas pour le mieux en ce qui te concerne! Je peux faire quelque chose pour toi, Old Boy?
- Comme au bon vieux temps? demanda Jack en souriant pour la première fois depuis que Dieu avait voulu
qu'il mette les pieds dans cette foutue ville. Je reprends du service, Johnny, j'ai besoin d'un job.
D'un job et d'un bon beefsteak!"
Auteur : Adrien
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