"-Non Johnny je ne remets pas mes pieds dans ces bottes! Ce foie-jaune a fait dans son froc avant de passer l'arme à gauche. Et puis ne t'occupe donc pas de mes odeurs et revenons au plan si tu
veux bien.
-Moi je veux bien mais elles se posent là tes odeurs!
-Bon bah ca va aller maintenant!
- Mouais.
-Bon! Le plan.
-...
-...
- Ah non Jack..! Désolé mais tu daubes plus qu'un putois crevé et pourtant on est au grand air. Je peux pas penser, je me sens plus réfléchir"
Jack se leva en blasphémant, puis se dirigea vers le puit par-dessus la margelle duquel il entreprit de hisser
le seau. Il s'exclama à l'attention de Johnny : "Travaille donc au plan, Princesse! Ah je t'en foutrais moi des odeurs! Monsieur Johnny-la-gerbe-au-comptoir a l'estomac sensible. Flatulencing
Johnny a le tarin aristocratique! Nom de Dieu de nom de Dieu!"
Johnny voyait bien quelques vérités dans les propos de Jack. Dieu sait que les odeurs il pouvait en supporter quelques-unes mais, pour le moment, son but n'était pas de respirer plus librement
mais de changer le plan de Jack pour le faire sien. Oh, les deux n'étaient pas si différents. Le plan de bataille, que plus simplement ils appelaient "le plan", était concocté de la veille. Jack
avait parfois des moments d'extralucidité pareil à ceux qu'ont les vraies voyantes mais ce bon vieux Jack, pour qui les flux divinatoires n'étaient pas familiers, s'aidait d'une forte dose de
gnôle pour les atteindre. Ainsi, aussi raide qu'une bite de pendu pouvait-il percer les arcanes de cette science exacte. La trouble cérémonie accomplie, ils s'étaient écroulés comme des arbres
dans la tempête.
C'est le lendemain matin en allant pisser que Jack avait eu l'idée. Il cherchait quelque chose pour s'essuyer les doigts qui avaient été druement arrosé, dans la hâte dont il avait fait montre
pour accomplir cette vile mais nécessaire besogne. Son pantalon et sa chemise étaient trop sales pour qu'il osât y mettre la main mais en fouillant dans ses poches il trouva le brouillon du plan
confectionné la veille et tout lui revint en mémoire. Jack voulait passer par les conduits de l'ancienne mine qui passait sous la ville et plus particulièrement sous la banque, de là, piquer l'or
à grand renfort de dynamite. Ce n'était qu'un plan plus que banal qu'il avait repiqué au Kid Dynamite* mais là où on pouvait reconnaitre le génie de Jack c'est qu'en suivant les boyaux de la mine
à la poursuite des voleurs, les étoilés tomberaient tout logiquement sur la bande de bras cassés contre qui Jack avait une dent. Pourquoi sur eux et pas sur Jack? Parce que Jack, lui, serait
caché dans une galerie qui parait bloquée par les éboulis mais dont une pierre, plate et suffisamment peu lourde pour être soulevée par un homme, peut révéler l'entrée. Entre logique et flair, le
tunnel de la banque mène assurèment sur le repaire des brigands et si on ajoute à leurs gueules à gibet, l'or qu'ils avaient sous le coude pour saler les mines du coin, ils étaient cuits. Jack
aimait ce genre d'équation où ayant trop d'ennemis et pas assez d'or, il obtenait finalement, de l'or et beaucoup moins d'ennemis. Seulement ce que Johnny voulait changer du plan de Jack, c'était
qu'au lieu d'arriver sous le coffre secondaire de la banque, ils arriveraient sous le principal, point sur lequel Jack avait été intransigeant la veille. Johnny aimait bien l'or mais il préférait
beaucoup d'or. Aussi, pendant que Jack se lavait les pieds en gueulant, Johnny en profita pour remplacer, sur le plan, l'emplacement des deux coffres. L'ayant fait, il sourit et regarda Jack qui
s'essuyait les pieds dans les herbes hautes:
"- Alors? Arrives-tu?
- Tiens, Johnny-Fait-Sous-Lui est pressé maintenant."
Jack était de meilleure humeur après avoir maudit son ami sans que celui-ci me répliquât, ce qui n'était pas si fréquent avec cette grande gueule de Rotten-Teeth-Johnny. Il lui tapa dans le dos
et se pencha sur le plan en lui disant:
"-Comment ca se passe avec ce plan?
-Si j'en crois ce que tu as écrit, ca commence là", dit Johnny en pointant le doigt en direction du puit.
*voir dans la même collection
Un Cactus dans la soupe.
Auteur : Antoine
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