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Dimanche 1 mars 2009
La loupiote vacillait. Un clair-obscur digne d’un Caravage à son apogée pointait son nez à chaque pénible mouvement. Tendue à bout de bras, la flamme tremblait sous le souffle rauque de Jack. Se traînant comme un bourgeois abattu par une bouteille de whisky pur malt, plus pur que Malte, dans ce souterrain bourbeux, le cow-boy perdit sa fière allure après le troisième embranchement. Une brève halte pour consulter le plan et respirer une bonne bouffée de fumée noire qui se dégageait de la lampe à huile, Jack se maudit d’être aussi pleutre.
 Poursuivant son chemin, le Cactus claustrophobe n’y voyait goutte. La sueur mouillait sa chemise et son caleçon Long John s’humidifia à la vitesse d’une bouffée de chaleur de la jolie Maria d’El Paso pour se coller à son arrière-train poisseux lorsqu’arrivé au quatrième croisement de cette galerie qui sentait déjà bon la mort, Jack beugla : « Johnny la chienlit ! On tourne en rond depuis deux heures ! Où t’as trouvé ce plan ? »
Le chien de Johnny qui suivait tant bien que mal, rampa sur les quelques mètres qui les séparait telle une raclure de chasseur de scalp mendiant sa prime après avoir sauvagement massacré des enfants Sioux et violé des femmes Apaches à un agent du gouvernement puant et bedonnant. « Spencer, celui du pénitencier de Chihuahua, pas le Spencer qui culbutait la bonne femme de Samuel Colt, eh ben il a rencontré un chinois derrière les barreaux qui venait de San Francisco. Il avait poignardé un contremaître qui reluquait sa pépette. Faut dire que la mignonne se pavanait sur le chantier du chemin de fer en aguichant ses compatriotes, histoire de remplir la gamelle de son mâle le soir. Le gars, il a pas apprécié qu’un blanc veuille y toucher. Les femmes, j’te jure. Enfin, ils prennent la fuite mais se font chopper par la patrouille de moustachus à peine le Rio Grande franchi. Résultat, ils prennent perpète. Alors…
-Nom de dieu ! abrège !
 - Bon bon, là Lee, le Chinois hein, il rencontre Spencer, ils font ami ami, juste ami hein, va pas croire, si Spencer imaginait ce que tu es en train de penser…
- Je le connais même pas ce Spencer !
- Hein ? Tu connais pas Spencer ? Le gros qui boit un tonneau de bière et qui arrive à faire deux pas avant de s’effondrer ? Alors c’est peut-être pas le bon Spencer…
- Johnny, tu l’as eu comment ce plan du tunnel ?
- …
- Johnny !
- Mâme Daisy.
- Hein?
- Bah oui, la bonne femme de Samuel Colt quoi.
- T’es un chien Johnny, un vrai bâtard abandonné par une nuit sans lune. Tu mérites le gibet. On raconte que ce voyou de Colt a inventé ce nouveau pistolet que tu portes à la ceinture pour trouer la peau de celui qui troussait sa femme ! Et c’est à cause de toi qu’on va crever comme des rats ! Ce plan vaut pas tripette ! T’as beau raconter à tous les hurluberlus du comté que c’est Spencer qui fait la bête à deux dos avec la Daisy, elle t’a roulé dans la farine ta greluche, et toi t’as rien vu venir, trop occupé à mettre ta grande gueule là où il fallait pas !
- Tu sais les ragots Jack, ça va ça vient…
- Tu comprends pas qu’elle en a profité pour se débarrasser de toi ? t’as la jugeote d’un adjoint du shérif bordel. Pourquoi elle t’aurait refilé le plan d’un tunnel qui donne sous la salle des coffres d’une banque, gros chacal ?
- Ah tu veux vraiment savoir ?
- Non ! Ferme-la et barrons-nous avant qu’un éboulis nous écrase comme des chiures de mouche. Tourne-toi.
- Non Jack, pas comme ça. »
Dans le conduit exigu, des raclements et des hénnissements se firent l’écho d’un branle-bas de combat des plus singuliers. Deux ombres se mirent à se tortiller comme des pucelles à vendre. Johnny se prit la botte de Jack dans le tarin, Jack se prit un coude de Johnny dans les cotes. Les deux J s’assemblèrent un instant le temps que la flamme passe d’une main à une autre. Puis Johnny traça le chemin. Tout droit. De toute façon, il n’avait pas de plan. Enfin si. Il se doutait bien comment tout cela allait finir. Le Jack n’en resterait pas là.
Le nez sanglant et la gorge sèche, Johnny sortit de la caverne, située à trois miles de ce pueblo de malheur où se réunissait la mauvaise herbe des desperados sans cerveau et pas rigolos, et la lumière du soleil l’aveugla un instant. Jack le percuta, trop pressé de ne plus se sentir oppressé. Le regard au loin, la main contrecarrant les assauts intempestifs du dieu Rê, ils contemplèrent le frêle baraquement en contrebas où s’alignaient les lettres délavées : B-A-N-K.
Ces deux hommes qui avaient survécu à Fort Alamo, bardés de cicatrices, endurcis par cette hyène de vie, resplendirent d’une aura virile et sereine de ceux qui ont vu le danger en face et l’ont vaincu sans sourciller. Ils enfourchèrent leur monture, et d’une même foulée décidée, les deux pistoleros se dirigèrent impitoyablement vers leur destin. Aucune âme vivante ne vint à leur rencontre. Le trot des deux mustangs vifs comme l’éclair se chargeait d’électricité à chaque sabot qui se rapprochait de l’établissement dirigé par cette crapule sans honneur de Purcell Davies. Jack stoppa net devant l’abreuvoir. Il sauta presque comme un gamin insouciant qui prépare un bon tour à son vieux grincheux de voisin. Il plongea la tête dans l’eau, précédant de peu son cheval. Un peu de fraîcheur sous ce cagnard dévastateur lui rappela le pourquoi de sa venue dans ce trou perdu. Il était temps pour lui de passer aux choses sérieuses. Un sourire se dessina sur son visage buriné et mal rasé en repensant à ce cocu de Samuel. Sacré Johnny. Il le savait derrière lui, prêt à le suivre jusqu’au bout de l’enfer. Jack sortit ses colts, défonça d’un violent coup de pied la porte de la banque et pressa la détente.

Auteur: Tristan.
Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Commentaires

j'essaie de vous fignoler qchose demain

bons baisers de Lisbonne

J.P.
Commentaire n°1 posté par Jean-Paul Sartre le 02/03/2009 à 19h35
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