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Dimanche 15 mars 2009
A Okey Podium, rien ne se passait. Le shérif avait passé l’arme à gauche. Quand on range son pistolet à droite, ça pardonne pas… Le coup est parti tout seul. Et des carrioles entières d’habitants, ne se sentant plus protégé par leur hypershérif à talons hauts (tout occis par sa propre stupidité), étaient parties toute seules. Enfin bref, rien ne se passait. C’est dire, même les enfants des rues s’emmerdaient. Il n’y avait même pas un chat ou un moineau mourant sur lequel lancer de boîte de conserve aux arêtes bien tranchantes. Pire : les rues étaient désertes et les chacals seraient bientôt stupéfaits par leur propre écho. Enfin, rien, quoi. Pas même une bagarre au saloon. Pas un fer à cheval qui boug’ dans le sable rouge. C’est qu’tous ses braves gens étaient chez l’vieux Pérol, qui par un passe-droit qui avait longtemps donné soif aux bavards, habitait la somptueuse maison derrière l’église. A l’ombre d’un volet crasseux, on allait médire. Pire : médire sur un franc-tireur. Une voix chevrotante, qui avait tout du Judas, s’éleva dans le soleil couchant et à travers le bois vermoulu : « Mam’zelles, ‘sieurs dames, et enfin mes hommages m’sieur l’maire, je vais vous raconter l’histoire d’une tête de mule, d’un vilain garnement à qui on pas assez tiré les oreilles quand il portait ses couches ». Le public eut soudain les oreilles attentives, les chiques ravalées, les lèvres serrées. Le récit, qui fleurait bon le télégraphe indien, débuta : « Le désert, la nuit. Rythmés par les dunes qui s'esquissent en têtes de mort et les sornettes des serpents, rares sont les peaux-rouges qui fomentaient d'improbables mauvais coups autour d'un feu, terrorisés qu'ils étaient par… » Le public retint son souffle. Le vieux Pérol tout claudicant, les mains comme des marionnettes, voyait qu’on l’écoutait. Il fit un peu durer le plaisir, puis finissa sa phrase : « …un cowboy insomniaque ! Ce vilain pistolero, dont l'avis de recherche servait souvent de cible aux fléchettes, sévissait alors près de chaque ville où les motels miteux poussaient comme des champignons, et où les prostituées pullulaient comme les mauvaises herbes. Et naturellement, à chaque endroit où il y avait quelques dollars à grappiller. On le connaissait sous le nom de Cactus Jacques, dit le vieil homme en détachant les syllabes, comme pour mieux s’en désolidariser. Le vieux Pérol ne le précise pas, mais l’auteur juge utile de vous apprendre ceci : Tout un chacun avait soin de…cracher soigneusement après avoir prononcé un blaze porte-malheur (mais souvent à côté du récipient prévu à cet effet, reconnaissons-le). Bien que ni vous ni moi n’ayons eu la mauvaise idée d’habiter dans un Far-West de pacotille sorti de l’imagination d’une bande de snobs, décomposons tout de même le patronyme du vilain du jour. « Cactus », une plante pour certains, un mets et une boisson pour lui, « quand sa proie s'essouffle et pense piquer un somme... lui casse la croûte, et vous attrape avec plus de nonchalance qu'un crocodile se repaît d'un agneau à trois pattes », reprit le vieux banquier formé sur le tas. « Il se baladait, traînant sa patte folle dans le sable, décharné et ricanant, avec une immense poêle bosselée qui lui servait à cuire de beaux cactus qu’il découpait avec amour, s’imaginant déjà dessiner de jolis sourires sur la gorge d’indiens ou de shérifs trop curieux. Découper, oui. Il n’avait plus quitté cette lame de rasoir encore pleine de sang frais qu’il avait trouvé près d’une oreille, dans un hangar ». Quant au « Jacques » de notre « Cactus », « c’était un Mr Hyde en moins discret. Pas de conflit entre la bête et l’homme : c’est de concert que les deux identités rivalisaient de bêtise crasse, de sauvagerie vacharde et de spontanéité mortifère. En bref, quelle ordure ! Il avait francisé son nom parce qu’il trouvait ça terrifiant d’évoquer « ces arriérés de l’autre côté de l’Atlantique », comme il aimait à l’expliquer en vieux cajun entre deux couinements avant de cisailler sa prochaine victime ». C’est à ce moment crucial de l’histoire que « Grand’ma » entra dans la pièce, sa robe de chambre en laine inégalement répartie sur ses chairs dégoutantes (la vieillesse, quoi) : - « Allons allons, les enfants qu’est ce que vous racontez ? Ce Cactus Jacques c’était un vrai tendre ! Bon, je crois que je vais aller vous préparer du porridge… ». - « Oh oui Grand’Ma », répondit en chœur toute l’assemblée.

Auteur : Jérôme

Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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