Tandis qu’il s’élançait vers la sortie, Johnny accroché à ses botes, Jack eu l’œil accroché par un éclair. Cet éclair ce n’était pas la première fois qu’il venait se planter au plus profond
de son iris. Et cette sorte d’hyperacuité sensorielle lui avait plus d’une fois sauvé la mise. Mais cette après-midi là, lorsqu’il aperçut l’étoile du sheriff au milieu de la foule des curieux. Peu
s’en fut qu’il ne fût pris au dépourvu. Mais quelques secondes plus tard ce fut le sheriff qui, s’élançant carabine au point à travers la porte brinquebalante de la banque, eu l’heur de constater
que le cerveau de Jack n’avait rien perdu de sa vélocité. Et quand nous disons l’heur c’est par déférence pour notre héros. Le sheriff, lui, dont ce fut le dernier, et sans doute le seul constat de
feu son existence (exception faite d’un vague constat d’assurance qui lui avait valu la plus belle escroquerie de sa vie), il l’eu volontiers qualifié de malheur si son crâne ne venait pas
d’exploser dans une gerbe nauséabonde sous l’effet conjugué des calibres des deux J.. Nauséabonde, ne nous y trompons pas, non en raison de l’incroyable quantité de bêtise et d’hypocrisie
répugnantes que les années y avaient concentré, mais de la botte de jack qui venait de l’atteindre au visage, avant garde des armées Smith et Wesson. Dans un éclair de génie, et le temps que
l’homme de loi franchisse en un bond stupide et téméraire les deux marches de l’établissement, Jack s’était déchaussé, et l’incontrôlable et nauséeuse réaction de dégoût provoquée par la puanteur
de l’accessoire orthopédique, réaction qui lui fit, un instant, quitter des yeux l’intérieur du bâtiment, fut fatale au marshall. L’instant d’après, tandis que les dernières gouttes de cervelle
retombaient sur le malheureux corps qu’elles avaient péniblement mis en mouvements au cours de quarante ans de bons et loyaux services, Jack et Johnny se précipitaient à travers un fin brouillard
de particules rougeâtres sous le soleil de Tennessee Gulch. Johnny hilare, et Jack boitant sur son unique botte bondirent sur les montures qui les attendaient et disparurent en un instant au yeux
des spectateurs ébahis pour divers raisons : Le jeune stevee parce qu’il n’avait jamais vu un homme mourir de façon si spectaculaire ; le pasteur Mc Culloush parce que, décidément, cet homme avait
du panache ; le juge Tyrone parce qu’il comptait marier sa fille au shérif et voyait s’envoler tout espoir de lui trouver un époux tant soi peu notable ; la fille en question parce qu’elle portait
l’enfant de Jack et comptait bien se servir de Littlebone, l’un de ses nombreux amants, pour donner à l’événement toutes les apparences de la bienséance ; et enfin l’épicier parce que le marshal
lui devait une bonne douzaine de dollars.
Mais laissons ces braves gens à leurs consternations respectives et, comme disait grandpa O’Rilley dans ses accès de philosophie « laissons les mous-du-cul enterrer les morts des plus couillus »,
et retrouvons nos deux outlaws qui, pour l’heure, fuient à travers la plaine comme on fuit un patelin infesté par la chtouille.
auteur: Jean-paul
Par La Revue Moutarde
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Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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