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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /Mai /2009 21:43
Ralph Edemption. Le nom claquait comme le fouet sur le dos d’un esclave noir, châtié pour avoir gâché une récolte de coton. La douleur envahit Jack au souvenir de cette vie passée à fuir la haine et la violence. Ces misérables créatures avilies par l’alcool et l’ignorance lui avaient volé ses plus belles années. A lui et à Rebecca. Cinq ans déjà. Leur seul péché avait été de s’aimer dans ce monde bicolore. Lui, le vagabond solitaire embarqué dans une guerre qui n’était pas la sienne. Elle, la plus belle métisse de la Caroline du Sud, issue d’un viol entre un riche planteur et une esclave que ses semblables vénéraient comme une princesse. L’exil ou le bûcher. Ils n’avaient eu d’autres choix que de fuir au Mexique. Au-delà du Rio Grande, la tolérance se joue à coups de dollars et de face de gringo. Et sa bonne tête de blanc remédiait à leurs problèmes d’argent. Du moins au début. Un couple aussi bigarré ne passe pas inaperçu, même dans les confins du désert de Sinaloa. Trois pistoleros avaient un jour franchi la barrière de son ranch. Sans mot férir, ils avaient sauvagement abusé de Rebecca pendant son absence. Ils étaient repartis avant le coucher du soleil, la laissant sans vie et éventrée. Le cadavre du bébé sorti prématurément des entrailles de sa mère gisait quelques pas plus loin. A son retour, il avait hurlé à la mort. Six jours à boire et à pleurer au milieu de ces corps tant chéris. A l’aube du septième jour, il les avait enterrés, tous les deux. Et enfourché son cheval. Rédemption. Il n’avait pas réussi à tenir sa promesse à Rebecca. Arrêter l’alcool et déposer les armes. Il avait failli. Mais il s’était juré que sa rédemption passerait par la vengeance. Une fois ces vautours déchiquetés par le plomb de son Remington. Rebecca le comprendrait. Rebecca était sa rédemption, même dans l’au-delà. Même si le carnage devait durer encore des années. Il les tuerait tous. Tous ces chiens galeux méritaient la mort. De Dieu ou de Satan, on verrait qui aurait le dernier mot. Rédemption.

La tombe trônait dans un coin reculé du cimetière. En partie caché par des arbres lugubres, l’endroit était propice à des activités illicites. Jack vit Johnny s’agenouiller et tâter la terre brune. «Le vieux ne t’a pas menti, souffla son compagnon d’armes. La terre a été fraîchement remuée.» Jack leva les yeux. La nuit n’allait pas tarder à s’épaissir. «Trouvons une cachette où se dissimuler en attendant ces hijos de puta», éructa-t-il, la haine baveuse, le poing crispé sur le cou d’un ennemi imaginaire. Le cactus, porteur de tequila joyeuse dans les cantinas, était impatient de cracher le feu dans les estomacs de blancs-becs déjà putricides à ses yeux. Seuls ces innocents ne le savaient pas encore.
«Jack, on peut encore tout laisser tomber et partir loin, suggéra, inquiet, Johnny. J’ai une bonne amie en Californie, elle nous aidera à nous installer.
-Va-t-en si tu veux, rien ne te retient ici, grommela le vengeur masqué par l’ombre d’une branche.
-Bordel, toi non plus! T’as débarqué après des années, comme ça, j’te croyais mort! Et tu te mets dans une merde noire, tu dézingues un shérif et tu te prends pour le sauveur d’un bled paumé où ne croupissent que des tarés et des pleutres! Jack, ressaisis-toi!
-Je ne t’en veux pas John, tu ne peux pas comprendre. Mais cette guerre est la mienne à présent. Je dois le faire, pour moi, et …
-Pourquoi tu veux crever comme un putois Jacky? En fait, non, t’es déjà mort, et depuis longtemps.
-Mais qui te dit que j’ai oublié de vivre, Johnny?
-T’es qu’un con, elle est morte Rebecca! MORTE! C’est pas en te bousillant que tu vas la faire revenir! Elle aurait honte si elle te voyait! HONTE! Tu m’entends?
-Ecoute-moi bien sale bouffeur de chatte vérolée, s’emporta Jack, la main au collet de son ami. Ne prononce plus jamais ce nom! C’est ma vie, c’est mon choix.»
Frères dans le sang, les deux J se toisèrent quelques secondes. Puis Jack relâcha son étreinte.
«-La mort, tu la fuis, elle te suit, tu la suis, elle te fuit. Et j’ai un plan. Are you with me Johnny?
-Si tu en réchappes, je t’abats comme une cow grabataire!
-C’est toi le co…barde!»
Deux rires tonitruants s’élevèrent alors dans les cieux, l’espace d’un instant, la joie et l’insouciance reprirent place dans le cœur de nos héros. Un moment qui se prolongea en-dehors de tout espace-temps. Cet instant qui précède la violence et la mort.

Un bruit dans les broussailles le réveilla. Sans doute un chien errant, voulut se convaincre Johnny. La tête dodelinante, ce guetteur venu d’un autre âge étouffa un bâillement. Les fesses endolories par ces heures perchées dans l’arbre, il esquissa un mouvement du bassin pour s’accommoder l’arrière-train. Dans la nuit noire, Johnny tenta de percer les mystères de l’Ouest. Comment Jack s’en sortait-il? Une pensée sombre l’assaillit. Et s’il était déjà six pieds sous terre? Il jeta un regard interrogatif sur la tombe en dessous de lui. Une silhouette venait de surgir des ténèbres. Deux autres apparurent à sa suite. Impossible de distinguer qui que ce soit, pesta Johnny. Mais au raclement d’une pelle sur une pierre et au scintillement d’une flamme d’allumette reflétée par une pioche, nul besoin d’éclaircissement. Les bougres étaient de retour. Restait plus qu’à attendre le signal. «Eteins-moi cette clope», maugréa l’un d’entre eux. «On n’y voit goutte, chuchota le fautif. J’voudrais pas me tromper de tombe.» Les pelletées se mirent furtivement en action. Johnny leva lentement son rifle et ajusta silencieusement le troisième larron resté à l’écart. «Rallume un peu pour voir, j’ai l’impression qu’on touche au but», glissa le grincheux. Une allumette à la main, son comparse s’approcha au plus près de la tombe. Une lueur surgit alors d’outre-tombe. La tête du fautif explosa en mille morceaux et aveugla de sang le grincheux. La terre se mit à gigoter et un cactus terreux sortit de terre. Une deuxième détonation illumina la nuit ensanglantée. Le grincheux ne pourrait plus jamais râler. Des dents giclèrent ici et là et un trou vint se former entre ses deux oreilles. Les pas de celui qui avait la mort aux trousses résonnèrent dans le silence glacial. Johnny arma, et tira. Plus rien ne vint troubler la quiétude des défunts. «Well done, Johnny, tu l’as tiré comme une caille!», s’extasia Jack qui peinait à s’extraire de la tombe. «Bloody hell! Le pire coup de ma carrière oui! Je voulais le blesser, pas le tuer. A qui on va tirer les vers du nez maintenant?», grogna Johnny, le popotin trémoussant à la descente de l’arbre. «Tant pis, rétorqua Jack enfin tiré du trépas. Regarde moi sur quoi j’avais mon cul!» Des caisses de lingots d’or brillaient de mille feux malgré l’obscurité. «Les preuves, on les a. Purcell Davies est dead, old boy, dead».

Auteur : Tristan

Par La Revue Moutarde - Publié dans : Cactus Jack sort ses colts
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Commentaires

La mort, tu la fuis, elle te suit, tu la suis, elle te fuit...


excellent !
Commentaire n°1 posté par Bardamu le 11/05/2009 à 13h29
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