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Hors-série Cactus Jack

Vendredi 22 mai 2009
Préambule


Des recherches diligentées par The National Mustard Magazine Appreciation Society récemment publiées font état de la descendance d’un fameux personnage de l’Ouest lointain : le redoutable Cactus Jack. Plusieurs passionnés se sont unis dans leurs efforts d’investigation historique afin de retrouver les descendants de l’impitoyable pistolero. Au fil des générations, des déplacements familiaux, la piste s’est précisée. Après de nombreux mois, une figure est alors apparue.


Patricio




1.


C’est un des membres du barreau les plus influents du district.

Ses admirateurs l’appellent le scieur de barreaux ; ses détracteurs, le chieur du Barrio.

D’origine mexicaine et modeste - presque un pléonasme ici – ses perspectives étaient multiples : confectionner des hots dogs chimiques, figurer ici et là comme employé du mois, engrosser une bougresse quelconque un soir de surdose alcoolisée, puis, faire l’économie d’une assurance santé pour garantir 49 mois et 16 jours d’études à l’université locale (classée 65ème du pays) pour leur unique enfant, dans l’espoir que ce rejeton ait une petite chance de devenir un jour (au mieux) directeur de l’endroit où l’on confectionne ces fameux perros calientes.

Patricio Garete, néanmoins, connut un avenir différent. Grâce à une extraordinaire rencontre dans sa treizième année. Celle de son Senior Teacher, Robert Ford. Un homme empli de bonté. Robert décela très vite les facilités de Patricio. Elles étaient prodigieuses pour son jeune âge. Dès lors, son devoir était de le soutenir, lui donner une chance. Une seule, même infime. Cela suffirait.

De plus, Robert avait perdu son seul fils en Irak. Pulvérisé par une rafale d’obus (propulsée par une division d’artilleurs américains suite à une double erreur de décimales, le fautif, un certain James Mc Ivory avait suivi des études scientifiques pour plaire à son père, mais lui, il préférait la poésie, la vraie, la grande, la sentimentale).

Patricio allait donc tout entreprendre pour tracer un chemin d’excellence. En échange, Robert amasserait peu à peu la somme requise à un avenir universitaire. Il ferait de Patricio un homme de droit et de justice, un avocat.

Cependant, Robert lui demanda aussi de se frotter l’entrejambe sur ses cuisses, de temps en temps, disons, une fois par semaine, à peu près, car rien n’est véritablement gratuit sur cette planète.




2.

Un Hummer gris vient le chercher dans son Ranch, sur Esposito Boulevard.

A douze blocks de là, une fumée blafarde. Celle de 7 cadavres et demi. Des portes flingues d’un gang haïtien, dont un sévèrement mutilé. Son thorax glougloute dans le caniveau.

Plus à l’est, juste au dessus de Tombstone Plaza, une grasse colonne de suie qui s’élève. Un fourgon bancaire vient d’imploser. Le coffre-fort géant, à l’intérieur, s’est disloqué dans une triple charge explosive (le responsable du surdosage, un certain Tony « PussyFreak » Lax n’avait suivi aucune étude, lui, il préférait les voyages, il rêvait de voir l’Islande, un jour).

Les émanations noires des flammes, de la chair humaine, des laboratoires clandestins se répondaient les unes aux autres…elles pouvaient surgir, à toute heure, de tous les quartiers…c’était une forme de dialogue entre criminels.

Patricio distingue trois motos derrière lui. Dans la confiture de métal du trafic, les trois destriers bourdonnent, magnétisés au véhicule. Une prise en chasse par un gang de motards.

Assez banal dans ces rues, surtout pour un Hummer, une proie pareille ne les brave pas souvent.

C’est le gang des Scorpions. Parfois munis d’armes à feu classiques dans ces parages (tels qu’AK-47 ou fusils mitrailleurs), ils semblent privilégier le port d’arbalètes pimpées aux couleurs du clan afin de semer diligemment  leurs carreaux dans les poitrines récalcitrantes. Sur leurs visages, des tatouages de ces arachnides. Comme des peintures tribales et guerrières.

Munis de baïonnettes M6, ces psychopathes aiment cisailler les nuques de leurs victimes pour ensuite dessiner les contours d’un scorpion (savoir dessiner ou peindre l’espèce africaine du Pandinus imperator est une des épreuves d’intronisation du gang). La guirlande de carne ainsi arrachée est un butin lugubre que certains membres arborent sur leurs engins.

Le conducteur du Hummer cravache les entrailles du moteur. En deux diagonales, la patache s’extirpe. Elle a distancé les poursuivants. Dans la vitre arrière, des courbes sombres qui empalent des carreaux furieux. Ils se rapprochent. Trop tard. Le clairon hystérique d’une patrouille de police cavale déjà au loin. Ils tournent bride. Ils s’éloignent.




3.

L’arrivée au tribunal. Le détecteur de métaux. Les hauts plafonds, les grands lustres, les spectateurs turbulents. Trois étudiants en droit à la table du Starbucks® (un récent décret autorise enfin l’implantation de débits de boissons non alcoolisées à l’intérieur des enceintes gérées par le gouvernement). Ils disputent une partie de Texas Hold’Em Poker sur leurs téléphones portables.

Une assistante dactylographie à grande vitesse sur son clavier, telle une pianiste. On emmène un prévenu dans un fourgon ; Il se débat, fait tourbillonner ses pattes dans les figures des policiers. Il s’extirpe de l’étreinte, bondit dans la foule, une bagarre générale éclate dans l’indifférence.

Devant les portes de la grande salle, l’odeur du tabac mal fumé imprègne un air vitreux. Deux types du jury, anxieux, terminent leurs cigarettes.

Patricio s’installe, dévisageant des spectateurs venus en famille. Ils déballent des sandwichs, le père ouvre une flasque de Bourbon. Patricio retire son chapeau, passe une main sur son visage : la sueur, la barbe de cinq jours. Il reconnaît Avon Barker, le chef des gangs du nord ; de l’autre côté des chaises : Theonimus, le patron de la zone sud, l’esclavagiste des putains hongroises, qui a graissé, dit-on, au moins quatre brigades d’officiers, à commencer par cette crapule corrompue de l’inspecteur général Widmarck (à côté de la brune aux petits seins, là, oui, au fond).

Le silence. La séance qui s’annonce. Les juges, le jury, l’accusée. Ils prennent place. Premier coup de semonce par les procureurs. Et puis l’ennemi s’avance, Bill Laury, un avocat mercenaire qui, par ses accointances douteuses, a déjà frôlé la radiation plusieurs fois.

Patricio marque un pas en avant, lui aussi. Il dégaine en premier. Une salve brutale, il s’insurge, il déclame. Son argumentaire est simple, direct et puissant. Bill Laury biffe pas mal de paragraphes sur son carnet, rayant les thèses défensives qu’il ne pourra utiliser. Patricio enrichit alors un peu plus son plaidoyer par l’ajout de nouvelles pièces au dossier. Un témoignage inédit, deux photos, l’enregistrement d’une des 439 caméras de surveillance de la ville de Los Angeles.

Bill Laury recule. Puis il se ressaisit et commence à questionner l’accusée. Après sept réponses de sa part, Bill Laury l’a déjà fait se contredire deux fois. Il est habile et concis dans ses assauts. Son réquisitoire est éloquent. Patricio relit à toute vitesse quatre rapports d’unités d’interventions, ceux émis le soir même de l’homicide. Il recharge l’argumentaire.


4.

Quelques heures plus tard, le jury achève sa délibération. On peut les entendre, les douze hommes en colère, qui rangent leurs affaires ; Des chaises grincent, des vigiles se repositionnent. Lorsque les robes des magistrats reparaissent, de subtiles clameurs se murmurent. Et puis c’est le verdict qui foudroie, comme le canon des ancêtres. La joute oratoire est finie.


Auteur : Emmanuel G.
Par La Revue Moutarde
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Samedi 7 juin 2008
Un petit texte de Jérôme Perrot fait avant la naissance de Cactus Jack. A notre époque où tout, plus que jamais, est western, il trouve sa juste place aux côtés des aventures du cow-boy préféré des jeunes de 7 à 77 ans.

Récit de Cowboy *
*pour plus de sergioleonisme, gratter la mandoline, se déhancher, sur un air bien intronisé

Affalé au fond d’un saloon bruyant, qui sent la sueur et la poussière, entre les cartes gagnantes qu’on tambourine du poing et les danseuses, d’un déhanché parfumé annonçant torticolis et œil qui tourne, je graisse mon colt tranquillement, bien calé au milieu d’un plan-séquence. J’attends. Je mâchouille un petit morceau de bois qui assèche ma langue et ne me fait aucunement oublier l’époque bénie des westerns où l’on fume. J’attends quoi, au juste ? Les chuintements de l’harmonica qui annoncent le duel au soleil couchant que je livre une fois de plus contre ce maudit shérif.
Ce vieux renard de Tweenie – surnom que ses rares adversaires survivants lui ont donné du bout des lèvres n’est pas qu’un croulant, son colt affuté renifle les rifles. Et les échos des déflagrations, autrement dit « laisser parler la poudre » sont soudain si désuets. Musique étrange que ces morceaux de plombs à géométrie de tête de mort….justice de « pistolero échaudé » – comme on appelle parfois les lointain sosies cinématographiques des gens comme moi.
 J’irais survivre au scénario entre amis, priant que ce ne soit pas moi qui amuse les enfants de l’homme de loi local, croupissant derrière des barreaux au fond d’un lit.
Voici comme je vois mon avenir : un western d’un genre nouveau, si possible avec une fin à la gloire du méchant. Dans quelques mois, je réinventerais le mot farniente au saloon Cancoon, un parterre de bimbos à mes pieds et des pesos plein mes poches recousues, vieux roublard que je suis. J’espère que le prochain réalisateur aura l’art de l’ellipse ou celle de faire passer les personnages à qui il n’arrive rien au second plan, car c’est ce que je souhaite.
Le patron du Cancoon, qui a l’œil mauvais du Judas cinématographique, m’observe avec étonnement. Ma tête est mise à bon prix, certes, mais la surprise vient d’ailleurs : un ours mal léché comme moi, noirci de visage comme sous les ongles, qui écrit pensivement pendant de longues minutes, et ce sont plusieurs de leurs congénères témoins de la scène qui pensent de concert à réduire sérieusement leur dose quotidienne de tord-boyaux. Les figurants du saloon, eux, ne demandent qu’à débuter la bagarre. La bande-son, composée de hululements d’indiens et d’envolées de cuivre martiaux (d’ailleurs je n’ai jamais compris où ils logeaient après avoir vomi leur bruit… dans le désert ?) est assaisonnée par les traditionnels bruits de balle. J’espère qu’avant le mot fin, celui-là même, je puisse respirer sans un trou dans les poumons, ou –j’en rêve, le colt dressé – de dire à mon fils de n’être jamais cowboy comme son père.

Auteur : Jérôme Perrot
Par La Revue Moutarde
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